Cohérence et homogénéité, des mots qui agacent certains artistes

En anglais, on parle de «consistency»; vous avez peut-être déjà vu ou entendu ce mot. La cohérence lors de la production d’œuvres indispose souvent certains artistes. Ceux-ci prétendent que c’est une simple invention des galéristes parce que des œuvres homogènes rendent la vie de ces derniers plus facile. Ces artistes souhaitent ne pas être brimés dans leur créativité, pouvoir peindre et proposer des fleurs une journée, des paysages le lendemain et des chevaux le surlendemain. À tant se disperser, le risque est élevé de n’avoir aucune façon de se démarquer des autres afin de constituer son «branding».

Chevalet, Peinture, Arts, TrépiedDe plus, quand on s’éparpille, qu’on touche à tout, on ne devient expert en rien. Ne serait-il pas plus formateur et salutaire de se concentrer sur un style à la fois afin de le maîtriser? Bien sûr, un artiste qui en est à ses débuts voudra explorer le plus d’avenues possibles. C’est tout à fait normal. Et il n’est pas défendu d’évoluer dans le temps, loin de là. Mais l’idéal reste de choisir ce qui nous convient le mieux, ce dans quoi nous nous sentons bien pour fouiller et approfondir cette voie-là.

La cohérence est une caractéristique d’une activité professionnelle plutôt qu’amateure, cohérence dans le type et le style de travail créé, dans la présentation des œuvres, dans le message, dans la marque. La cohérence également dans les prix des œuvres, les couleurs, le coup de pinceau, la texture.

Cohérence du sujet

Comme je le mentionnais plus haut, un artiste réussit par la pratique ciblée d’un style et d’un sujet spécifiques. C’est par sa touche particulière qu’il sera connu et reconnu.

Lors d’expositions, il faudra éviter à tout prix, comme j’ai encore vu récemment : sur 2 petites surfaces comprenant 7 ou 8 œuvres, 2 sujets différents étaient proposés. Optez plutôt pour l’homogénéité qu’assure le choix d’un seul sujet. On sera ainsi certain qu’un seul artiste a peint les tableaux.

Cohérence dans la présentation

Lors d’une exposition, où l’espace est généralement compté, évitez de mêler tableaux encadrés et non encadrés. Si vous présentez des toiles galeries (1½ po d’épaisseur), ne leur juxtaposez pas des toiles standards (¾ po d’épaisseur). Si vous peignez les contours des toiles galeries, traitez-les de la même manière; optez pour une couleur solide OU prolongez le tableau tout le tour, pas les 2. Et même si ça n’est pas dans le cadre d’une exposition, adoptez un procédé et tenez-vous-y.

Crayons, Stylos, Red, Dessin, SharpDe plus, il est important d’avoir une grille de taux cohérente de telle sorte que 2 œuvres du même format seront offertes au même prix. Une telle grille permettra d’éviter, comme j’ai déjà vu, d’exposer une œuvre grand format moins chère qu’une plus petite.

Cohérence dans le traitement

Vos œuvres sont-elles toutes créées par un processus similaire? Idéalement, les textures, les coups de pinceau, le choix et l’utilisation des couleurs, le niveau d’énergie et l’élan émotionnel devraient être tous cohérents.

Cohérence dans la marque

Il est recommandé de pouvoir décrire universellement notre art dans une courte phrase. C’est notre «branding», la façon dont on peut s’identifier auprès des acheteurs. Ceux-ci doivent savoir qu’ils peuvent s’attendre à une qualité et un style compatibles avec le message que vous véhiculez.

En résumé

Prenez le temps de satisfaire toutes vos envies créatives dans votre atelier car c’est important pour votre croissance en tant qu’artiste. Cependant, maintenez votre message au monde extérieur cohérent et homogène!

L’été, la saison des sympos …

Pour la première fois depuis quelques années, je ne participerai à aucune exposition extérieure. J’y songeais depuis un certain temps; plusieurs éléments m’ont amenée à prendre cette décision à la fin de l’été dernier. J’ai quand même un petit pincement au cœur quand je lis toutes ces annonces de symposiums dont la saison s’amorce. Mais je ne regrette pas mon choix, mes raisons étant nombreuses et sérieuses.

Pleins de souvenirs me reviennent en mémoire. Entre autres, mon tout premier sympo, alors que, dans la nuit du samedi au dimanche, un violent orage s’était abattu dans la région où se tenait ladite exposition. Nous n’avions pas eu une seule goutte de pluie chez-moi mais, on l’avait annoncé à la télé. Alors que je roulais en direction de la ville où avait lieu le sympo, je voyais tous ces nuages noirs au loin et je me disais : «flûte, est-ce que c’est là où je m’en vais?…» Quelle désolation quand je suis arrivée au parc. Au moins 8 chapiteaux s’étaient affaissés sous la force des vents. Mon cœur a sauté un battement alors que je me dirigeais vers mon emplacement. Ouf! Mon chapiteau avait résisté. Le vent l’avait épargné ainsi que celui de mes voisines immédiates. Oui, un peu d’eau dans un coin du toit mais, rien d’autre.

Naturellement, ce ne fut pas le seul sympo où j’ai connu vent et pluie. Ou chaleur accablante. Ou température magnifique, belle journée ensoleillée avec juste ce qu’il faut de petite brise pour que ce soit agréable. Il faut donc être prêt à tout affronter.

Le chapiteau

Comme beaucoup d’artistes, je me suis procuré mon chapiteau chez Costco. Blanc et mesurant 10’ x 10’. Certains le choisissent de couleur mais, c’est risqué puisque plusieurs comités organisateurs n’acceptent que les chapiteaux blancs. De toute façon, un fond blanc laisse toute la place aux œuvres alors qu’un fond de couleur pourrait nuire. Malheureusement, ces chapiteaux à prix abordables ne sont pas à toute épreuve. Les coutures ne sont pas complètement étanches. Les tout petits piquets et fines cordes fournies ne tiennent pas grand-chose. Vaut mieux s’équiper de piquets qui vissent dans le sol, comme ceux vendus dans la section animalerie des grands magasins ainsi que de solides sangles à cliquet. Et une grande bâche garantie imperméable – blanche naturellement – n’est pas de trop pour les fins de semaine pluvieuse.

Pour débuter ou pour un artiste qui participe à quelques sympos par saison, un chapiteau peu coûteux fera l’affaire. Cependant, si vous avez l’intention de prendre part à une douzaine d’expositions par été et de faire ça pendant une vingtaine d’années, vaudra mieux investir dans quelque chose de plus solide.

Le système de présentation

Lors de mes premiers sympos, j’accrochais mes tableaux sur des chaînes blanches (je les possédais déjà) avec des crochets à rideaux. Pas trop compliqué. Sauf que quand il ventait, mes tableaux se promenaient un peu trop à mon goût. Toujours un peu peur qu’ils se fassent abîmer. J’ai donc changé mon système pour du grillage en plastique, blanc naturellement. Sur un tel grillage, on peut installer nos tableaux à différentes hauteurs, au goût. Cependant, j’ai trouvé un peu rigide le grillage que j’avais acheté. Si j’avais continué à participer à des expositions extérieures, j’aurais peut-être considéré un autre système.

Les œuvres

Que ce soit pour une exposition à l’intérieur ou à l’extérieur, je prépare toujours un plan de mon installation à l’avance. Je travaille sur Excel. Je conçois une grille où chaque cellule représente 1 pouce (hauteur de ligne : 17,5, largeur de colonne : 2,57, zoom : 60%). Sachant que les murs du chapiteau font 10 pieds de large, je peux sélectionner la gamme de tableaux qui conviendront pour l’événement et vérifier, à l’avance, si j’aurai la place ou pas pour les accrocher. C’est plus facile de changer d’idée à l’ordinateur que de faire ça une fois rendue sur place.

Il est important de bien sélectionner les œuvres qu’on choisira d’accrocher, non seulement parce qu’on veut attirer les visiteurs …  et les acheteurs mais également parce que, dans certains sympos, des prix sont décernés par un jury. Tout sera alors examiné. La qualité des créations, les compétences techniques de l’artiste et l’harmonie de l’installation. Pas de tableau mal accroché ou de matériel en mauvais état.

Le marketing

Bien sûr, les organisateurs de l’exposition feront de la publicité pour annoncer l’événement mais il faut que l’artiste fasse également sa promotion. Plus il y aura de visiteurs, plus il y aura d’acheteurs. C’est mathématique.

Ce sera également le moment d’apporter cartes d’affaires, dépliants, portfolio et un livre d’invités pour collecter noms et adresses courriel des visiteurs. Une façon inusitée (je dis ça parce que je l’ai déjà fait) de faire de la promo serait de porter un t-shirt sur lequel serait inscrit votre nom et l’adresse de votre site web.

Les autres fournitures

Ensuite, vous aurez besoin d’une table (moi, j’en avais même deux) et d’une nappe (donc, deux nappes), une chaise (privilégiez une chaise haute pour, tout en restant assis, être à la hauteur des yeux des visiteurs), vos factures de vente, votre bidule Square pour les cartes de crédit (avez-vous un forfait internet s’il n’y a pas de wifi au parc), du matériel d’emballage (surtout, ne laissez pas vos acheteurs repartir sans protéger l’œuvre pour laquelle ils viennent de dépenser quelques centaines de dollars), une ou deux affiches interdisant la prise de photos, de l’eau, de quoi grignoter, des ciseaux, du ruban gommé, des tie-wraps, etc. etc. etc. Il y en a tellement que je vous incite à préparer un aide-mémoire pour ne rien oublier. Ma liste faisait deux pages complètes.

Surtout, n’oubliez pas de noter toutes vos dépenses ainsi que le kilométrage parcouru. Et soyez positif en toutes circonstances. La bonne humeur est plus attractive.

Sur ce, bonne saison à tous les artistes qui exposeront leurs œuvres toutes plus magnifiques les unes que les autres, beau temps mauvais temps. J’irai vous visiter.