Artiste en arts visuels… une carrière ou une business?

Je pose la question parce qu’on voit parfois des annonces pour de la formation en «Gestion de carrière artistique» offerte par différents organismes. Quand on est un artiste en arts visuels, seul dans son atelier à se dépatouiller dans un marché en déclin, est-ce qu’on fait carrière ou est-ce qu’on dirige une entreprise?

FAIRE CARRIÈRE

Voici ce que j’ai trouvé sur le site de l’Ordre des conseillers en ressources humaines et qui décrit pas trop mal, selon moi, ce qui nous vient à l’esprit quand on pense «carrière» :

Voici une expression née de l’arrivée de l’ère industrielle. Avant cela, le mot carrière ne s’utilisait presque pas. On parlait plutôt de métier; on était ouvrier, compagnon ou maître, on faisait du commerce ou encore on avait une profession, on occupait une position. Le mot carrière nous vient de l’italien carriera. On y retrouve la notion de chemin, donc de cheminement, ce qui est de nos jours le propre de la carrière. D’ailleurs, l’expression « cheminement de carrière » est très contemporaine, puisque nous l’utilisons souvent, et parfois à tort, en faisant référence à la liste de nos emplois successifs.

Dès lors qu’on parle de cheminement de carrière, on parle d’emploi. On fait vite le lien entre carrière, emploi, employé. L’artiste est-il un employé? Travaille-t-il pour un employeur? Cela se peut. Des caricaturistes de grand talent travaillent pour des journaux ou des magazines.

Cet artiste songera probablement à élaborer un plan de carrière pour réussir. Il voudra anticiper des projets cruciaux pour son avenir professionnel, développer ses compétences stratégiques pour l’entreprise afin de s’adapter à l’évolution du marché et être à la fine pointe de la tendance. Il se fixera des objectifs de progression professionnelle et de salaire.

Ça ne correspond guère à l’artiste seul dans son atelier auquel je faisais référence plus haut.

DIRIGER UNE ENTREPRISE

Pour diriger une business, il faut avoir la mentalité d’un entrepreneur, une personne à l’origine de la création d’une activité économique. Chef d’entreprise qui possède les compétences et la motivation suffisantes pour se lancer dans un secteur d’activité, plusieurs éléments le caractérisent: une implication forte dans son projet, un investissement matériel et/ou moral important, une personnalité marquée par un leadership naturel. L’identification de l’entrepreneur à son entreprise explique le fort degré de son implication dans celle-ci.

Depuis quelques années, les artistes sont de plus en plus devenus des entrepreneurs; ils dirigent des micro-entreprises à titre de travailleur autonome. Vous savez…, les TTE – tites tites entreprises. Du moins, l’artiste dont je parle plus haut.

Cet artiste aura alors besoin d’un plan d’affaires. Oui, le fameux plan d’affaires tant détesté. On commencera par établir la mission et la vision de l’entreprise. Viendront ensuite la proposition unique, le marché-cible, les objectifs de vente, les stratégies pour y arriver, un calendrier de réalisation et les prévisions financières. Pas nécessaire qu’il fasse 30-35 pages mais, plus il contiendra de données, de renseignements et sera précis, plus efficace il sera.

JUSTE EXPOSER SES ŒUVRES OU LES VENDRE?

Le bon plan pourrait faire la différence. Selon vos ambitions, il faut choisir. Un plan de carrière ne fait pas vendre. Si ça n’est pas ce que vous souhaitez ardemment parce que vous avez d’autres revenus ou que vous n’avez pas l’énergie pour bûcher et bûcher encore, ça reste votre décision et surtout, soyez heureux avec vos choix. Mais, pour obtenir des revenus plus appréciables de votre art en vendant vos œuvres de façon régulière, un bon plan d’affaires est un des meilleurs outils qui soit.

Tirer des plans quand on est artiste

Dans un récent webinaire, Alyson Stanfield, fondatrice et présidente-directrice générale de Art Biz Coach (Denver, Colorado) indiquait aux participants qu’un artiste qui aspire à devenir professionnel avait besoin d’un minimum de 3 plans :

  1. Un plan de revenus et bénéfices
  2. Un plan de production
  3. Un plan marketing

Un plan de revenus et bénéfices

Caisse, Supermarché, Facture, InvoicePour tracer notre chemin, il faut d’abord avoir un but. Et ce but, quand on est en affaires, ce sont des revenus et autant que faire se peut, des bénéfices. C’est bien beau avoir envie de réaliser des ventes** de 25-30 000 $, si nos dépenses atteignent 35 000 $, personne n’ira loin longtemps. Et, soyons honnêtes, ils ne représentent pas nécessairement la majorité, au Québec, les artistes qui atteignent des chiffres de vente de tableaux de ce niveau. C’est pour cela que plusieurs artistes donnent également des ateliers de formation, pour boucler les fins de mois. D’autres continuent à travailler de 9h à 5h, en rêvant du jour où ils pourront enfin s’adonner à leur passion à temps complet (ce qui, souvent, n’arrive qu’à la retraite).

Journal Intime, L'École, Bureau, L'ÉducationPour déterminer le bénéfice à atteindre, nous aurons donc besoin de certaines données statistiques. À vos registres! Vous aurez besoin des éléments suivants :

  • nombre moyen de tableaux vendus par année,
  • prix de vente moyen,
  • coût moyen de production d’un tableau,
  • frais annuels de vente et d’administration.

Vous aurez également besoin de savoir quel pourcentage de votre production annuelle se transforme en ventes.

Les données qui suivent sont fictives et ne sont présentées qu’à titre d’exemple.

Cela pourrait donner, dans un premier temps, un tableau qui ressemble à ceci :

nombre de tableaux vendus50
prix de vente moyen300 $
revenus provenant de la vente de tableaux15 000 $

Si je sais que je vends 25% de ma production, pour 50 tableaux vendus, j’aurai donc besoin d’en créer 200 (50 / 0,25 = 200).

La suite du tableau ressemble à ceci :

nombre de tableaux à produire200
coût moyen de production d'un tableau30 $
coût des tableaux disponibles à la vente6 000 $
frais de vente et d'administration6 000 $

L'Argent, Sac, Profit, OrEn conséquence, 15 000 $ de revenus et des dépenses de 12 000 $ (6 000 + 6 000) me laisseront un bénéfice annuel de 3 000 $. C’est loin d’être mirobolant mais, c’est surtout un bon guide. J’aurai le choix ensuite, soit augmenter mon prix de vente moyen (de plus grands formats, un marché différent, etc …), tenter de vendre une plus grande partie de ma production (40 à 50%) ou diminuer mes dépenses (mieux choisir mes lieux de diffusion, diminuer mes frais de déplacement, etc …). Ces chiffres sont importants à établir pour prendre des décisions sur les avenues à considérer.

**Il s’agit ici de vente de tableaux uniquement, pas du chiffre d’affaires qui pourrait inclure d’autres sources de revenus (ateliers, démonstrations, conférences, etc.)

Un plan de production

Nous savons maintenant que, selon l’exemple plus haut, pour vendre 50 tableaux, nous devons en créer 200 ce qui en représente 4 par semaine, 50 semaines par année. Oh! Surprise! Ça demandera une bonne gestion du temps. Ça n’est plus «faire de la peinture en dilettante» …

Michelle Gaugy, galeriste et consultante en art (Santa Fe, New Mexico), donne l’avis suivant :

Un artiste professionnel doit créer environ 150 à 300 œuvres par année. Ceci n’est pas uniquement parce qu’il a besoin d’en créer autant pour vendre. C’est également parce qu’il se sent obligé de les créer et surtout parce que c’est comme cela que son travail s’améliore.

Liste De Vérification, AnalyseC’est là que le plan de production intervient. Il vous faudra décider quels sont les moments que vous consacrerez à votre art et vous y tenir, les mettre à votre agenda. Dans certains cas, cela voudra également dire de peindre plus rapidement. Impossible de mettre 4 jours à peindre une seule œuvre alors que vous devez en produire 4 dans une seule semaine.

Voilà où un plan détaillé est d’un grand secours. Ça aide à mettre les choses en perspective et à décider des efforts que nous sommes prêts à consentir pour, peut-être, «vivre de notre art».

Et c’est là également qu’on réalise que ce ne sont pas tous les artistes qui ont les dispositions nécessaires pour devenir un professionnel du pinceau. Cela n’enlève rien à personne. On peut très bien rester un peintre amateur toute notre vie et être tout à fait heureux comme ça. L’important est de ne pas se leurrer. Le choix nous appartient.

Un plan marketing

Les principaux éléments d’un plan marketing sont :

  • Segment de clientèle
  • Gamme de produits
  • Commercialisation et promotion
  • Budget nécessaire et méthodes

En clair, où et comment vendre nos créations. Ce plan fera éventuellement l’objet d’un autre billet.

En résumé

Ceux qui veulent plonger doivent le faire les yeux ouverts, y être totalement engagé et y consacrer toute leur énergie.