Être accepté(e) lors de la sélection pour une exposition, mettre toutes les chances de son côté …

Comme le mentionnent des expertes compétentes telles Carolyn Edlund, présidente de Artsy Shark ou Renee Phillipps, directrice et commissaire de Manhattan Arts International, il existe certains trucs non négligeables dont il vaut mieux tenir compte si l’on veut être accepté lors de la sélection pour une exposition. Je vous résume ici leurs recommandations ainsi que mes commentaires.

  1. Soyons honnêtes. À quoi sert de présenter votre dossier à une exposition qui vous convient plus ou moins? Familiarisez-vous donc le plus possible avec celle qui vous intéresse. Si ça n’est pas trop loin de chez-vous, allez la visiter et n’envoyez votre dossier que l’année suivante. Examinez les lieux, l’ambiance, le nombre de visiteurs. Si ça n’est pas possible de vous y rendre, consultez attentivement les photos montrant les activités et les installations des années précédentes. Ou mieux, informez-vous auprès de quelques-un(e)s des anciens participant(e)s que vous connaissez.

Je me souviens d’une amie artiste me racontant à quel point elle avait été déçue d’une expo à laquelle elle avait participé. Peu de visiteurs et des kiosques plus que branlants. Si elle avait su, elle n’aurait jamais soumis son dossier et aurait économisé pas mal d’argent (l’expo étant loin, elle avait dû coucher à l’hôtel).

  1. Remplissez correctement le formulaire d’inscription et suivez les directives données. Lire trop vite ou à moitié les instructions pourrait facilement vous mettre dans l’embarras. S’il y a beaucoup de soumissions pour une exposition, les membres du comité de sélection ne prendront certainement pas le temps de communiquer avec l’artiste pour lui demander l’élément manquant dans son dossier. Demande incomplète = dossier rejeté. Instructions non suivies = dossier rejeté.

Je me souviens d’une amie artiste (pas la même qu’au point 1) qui, 2 années de suite n’a pas été sélectionnée pour une exposition. Alors qu’on demandait de soumettre le dossier par voie électronique, elle préférait aller porter son dossier papier en se disant que ça n’était pas loin de chez-elle. La 3e année, ayant enfin soumis son dossier par courriel, tel que demandé, sa candidature a été retenue …

Suivez attentivement les instructions quant aux exigences relatives aux photos (format, dimensions, libellé, etc.). Soumettez le nombre d’images requises, ni moins ni plus.

Il est vraiment primordial de ne soumettre que vos meilleures œuvres. Certains artistes font parfois de mauvais choix, soit parce qu’ils n’ont pas un corpus d’œuvres suffisant ou que leurs œuvres sont trop différentes ou même disparates, sans signature réelle. C’est une très grave erreur puisque les jurés recherchent des talents bien ciblés et pleinement développés. D’ailleurs, j’ai appris récemment qu’un artiste est évalué sur l’œuvre la plus faible soumise. Il vaut mieux approfondir ce que l’on fait le mieux, d’être connu pour cela. Vous devez développer un style unique. Si vous essayez de séduire tout le monde, vous ne séduirez personne. Cela fait amateur.

C’est dans cet ordre d’idée qu’il faut soumettre un groupe d’œuvres cohérent. Il est bon d’avoir un style hautement reconnaissable et distinctif qui se manifeste dans chacune des pièces soumises. Les œuvres ne doivent pas être totalement indépendantes les unes des autres. Le groupe d’œuvres doit présenter un effet synergique, son impact devrait être supérieur à la somme des différents résultats individuels.

Une amie artiste (une autre) m’a déjà confié qu’elle a cessé de soumettre son dossier à une certaine expo-concours puisqu’elle n’était jamais acceptée. Mais, je sais que c’est une artiste qui aime la «variété», ce qui malheureusement lui nuit au moment de la sélection.

  1. Vous devez soumettre d’excellentes images de vos œuvres. Les images de mauvaise qualité vont ruiner vos chances avant même que vous ne soyez sérieusement considéré. Après avoir passé de nombreuses heures à créer quelque chose de valeur, rendez hommage à votre travail en ayant des photos d’excellente qualité.

Fouillez internet pour obtenir d’excellents trucs, prenez un cours sur la prise de photos d’œuvres d’art (je l’ai fait il y a quelques années) ou retenez les services d’un professionnel (malheureusement plus coûteux).

Les juges regardent les images rapidement; vous avez 2 ou 3 secondes pour attirer leur attention et faire bonne impression. Vos photos doivent être digne d’un «wow»!

Je vais vous raconter une anecdote à propos de photos présentées il y a quelques années, dans le cadre d’un appel de dossiers. Je devais soumettre six photos. J’avais choisi des œuvres de diverses dimensions et les avaient imprimées sur du beau papier photo (c’était un dossier papier). Cependant, toutes mes photos étaient de la même grandeur, i.e. un tableau mesurant 10 po x 10 po prenait toute la page de la même façon qu’un tableau mesurant 24 po x 24 po. J’avais donc reçu le commentaire suivant : Sur le tableau XXX, la signature prend trop de place sur l’œuvre. Depuis, j’ai compris. Lorsque mon œuvre est de petit format, je réduis la grandeur de la photo. Et lorsque l’œuvre est plus grande, la photo prend alors toute la page.

  1. Les photos de vos œuvres sont les reines de votre présentation. Mais, ne négligez pas l’écriture de votre démarche artistique et de votre c.v. puisqu’ils feront la différence lorsque viendra le temps pour le comité de sélection d’affiner son choix.

Votre démarche doit être claire et descriptive de votre recherche. Surtout, surtout, une démarche n’a rien d’une biographie. Quant au c.v., le jury cherche à savoir depuis quand l’artiste présente son travail et à quel type d’expositions il participe. Les expositions avec sélection par jury composé de pairs ont une meilleure cote que celles où la sélection se fait par un comité composé de l’organisatrice de l’expo accompagnée du maire de la ville; il existe également certaines expositions où il n’y a aucune sélection préalable, qui valent ce qu’elles valent… Les expositions individuelles sont mieux cotées que les expositions collectives. Le jury tiendra compte également des prix, mentions ou reconnaissances reçues. En passant, un «prix du public» n’a aucune valeur pour une sélection à une exposition.

Et n’oubliez pas que certains comités consultent le site web des artistes, en sus des informations soumises au dossier. Ceux-là veulent aller plus loin dans leur vérification, voir si l’artiste crée constamment des œuvres de qualité, s’il développe une carrière professionnelle, etc.

  1. Malgré tout cela, ces excellentes photos, cette démarche articulée, ce c.v. étoffé, il arrivera que votre candidature soit rejetée. Un artiste ne devrait pas accueillir ce rejet de façon trop personnelle. Ça ne veut pas dire que votre travail n’est pas bon. Si c’est carrément votre dossier qui est mal fichu, cela se corrige.

Il arrive que le comité de sélection doive respecter certains critères bien précis. Si 200 dossiers sont reçus pour 35 places disponibles, il y aura sûrement de très bonnes candidatures qui seront rejetées. Parfois, le panel doit choisir un nombre limité de pièces et souhaiter présenter différents styles. Malheureux mais vrai, la diversité sera privilégiée au détriment de la qualité de certains dossiers.

Pour certaines expositions, il n’y a que 6 ou 7 plages dans une année et elles viennent avec des contraintes comme, au moins 3 artistes de la région immédiate, au moins un artiste de la relève, etc.; ça diminue les chances.

On ne peut non plus laisser sous silence les goûts personnels des jurés. En principe, ils sont supposés faire leur travail en toute impartialité et juger selon des principes techniques et esthétiques, composition, harmonie des couleurs, contrastes, formes, lumière, etc., évaluer le processus créateur de l’artiste mais, si un juré a horreur du jaune et que 4 de vos 5 œuvres font une belle place à cette couleur, meilleure chance la prochaine fois.

En résumé

L’art visuel est tout à propos de l’image. Assurez-vous que la présentation de votre dossier correspond à l’image que vous souhaitez projeter. La proposition de projets d’exposition contribue au processus continu d’amélioration.

P.S. : Mes informations viennent de mes nombreuses lectures, d’un cours sur l’écriture d’une démarche artistique et d’un projet d’exposition, d’un cours sur la prise de photos de tableaux et de mes expériences personnelles.

Réécrire sa démarche artistique

Oui! C’est ce que je viens de faire. Et pas n’importe comment. Non. Plutôt suite à une formation de 2 jours offerte récemment par le RAAV (Regroupement des artistes en arts visuels).

Quand j’ai reçu l’annonce pour une formation intitulée «Atelier d’écriture pour artistes en arts visuels» et que j’ai appris qu’elle portait plus particulièrement sur l’écriture de la démarche artistique et sur la présentation d’un projet d’exposition, je n’ai pas pu résister. Même si la formation avait lieu à Montréal. Bon, faut d’abord savoir que j’habite à bonne distance de la grande ville et que je n’y avais pas mis les pieds depuis nombre d’années. Un coup d’œil sur Google Maps m’indique que, si la circulation est fluide, ça me prendra près d’une heure trente pour me rendre. Pas si pire. Y aura-t-il du stationnement tout près? Oui. En plus, les frais d’inscription étaient vraiment abordables. Quoi demander de plus?

démarche-artistiqueJ’avais écrit ma démarche il y a quelques années et l’avait révisée régulièrement. J’en étais satisfaite. J’allais donc à cet atelier davantage pour la portion «projet d’exposition». Je voulais un cadre d’écriture plus précis que ce que je connaissais ou croyais connaître.

Nous étions 10 artistes réunis autour de la table en ce magnifique samedi ensoleillé. 10 artistes avides d’apprendre. Et nous n’avons pas été déçus. Alternant théorie et pratique, la formatrice a été généreuse d’informations et de conseils. Nous avons eu droit à quelques maquettes de démarche et de projet d’exposition. Nous avons appris comment ces documents sont structurés.

La formation s’est poursuivie le dimanche – tout aussi ensoleillé – et c’est là que ça s’est corsé. Au cours de l’avant-midi, la formatrice nous a demandé d’écrire une version rafraîchie de notre démarche en fonction de ce que nous venions d’apprendre. Oh la la! Quelle torture. Tout s’embrouillait dans ma tête. L’après-midi m’a permis de découvrir que je n’étais pas la seule à avoir l’esprit amoché.

Heureusement, la formation ne s’arrêtait pas là. En effet, nous avons droit à un suivi post-formation. Nous pouvons présenter, pour révision par la formatrice, un des deux documents qui étaient au programme. J’ai, bien sûr, choisi la démarche artistique puisque ce document est le fondement de la diffusion de l’œuvre de l’artiste.

J’y ai passé 5 jours. Pour uniquement 250 mots. La première journée, j’ai transpiré devant l’ordinateur pendant 3 longues heures. 2 paragraphes, environ 180 mots. J’y suis revenue le lendemain. Ça allait mieux. J’ai écrit mon 3e paragraphe. 242 mots. Comme j’étais contente. J’ai laissé le tout au repos pendant la fin de la journée.

Le surlendemain, lecture et relecture. Ajoute, retranche, reformule. Je ne pense qu’à ma démarche, en me brossant les dents, en préparant les repas, sous la douche. Oups! j’ai oublié de mentionner quelque chose d’important… Je relis encore et encore, je corrige. Oh oui! la belle phrase. Je regarde le compteur: 251 mots. Flûte, 1 de trop. Je change quelques tournures de phrase. Je termine avec 246 mots. Ouf! j’en suis venue à bout. Repos à nouveau.

Encore lecture et relecture. Bon! Je pense que ça y est. Si je n’arrête pas, dans une semaine, je serai encore à apporter des modifications à mon texte.

En début de semaine, j’ai finalement envoyé à la formatrice ma démarche artistique revisitée. Ne me reste plus qu’à attendre ses commentaires. Quels qu’ils soient, je reste satisfaite de cette formation; j’ai appris beaucoup et ça me servira longtemps, à de nombreuses occasions.

Pour ceux et celles qui seraient intéressé(e)s, il y a de fortes possibilités que cette formation soit à nouveau offerte à l’automne prochain. Informez-vous auprès du RAAV.


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